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Adopter une posture neutre lors des entretiens d’enquête interne : une exigence professionnelle

Dernière mise à jour : 27 mars

Par Anaïs CEJUDO, Sociologue du Travail, Cabinet Espace Enquête, Tel : 0649700515 Mail : anais.cejudo@espace-enquete.fr


L’un des principes fondamentaux de l’enquête interne est la posture de neutralité adoptée par l’intervenant lors des entretiens. Cette posture ne se résume pas à un retrait émotionnel ou à une écoute distante. Elle suppose une vigilance constante, une cohérence de comportement et une capacité à maintenir le cadre, y compris dans les situations à forte charge émotionnelle.

Dans les diagnostics que nous menons, cette exigence de neutralité constitue un élément-clé de recevabilité des propos recueillis.


1. Des attentes implicites fortes chez les personnes auditionnées

Lors de nos entretiens, nous observons régulièrement que certaines personnes (victimes présumées, personnes mises en cause, témoins) adoptent des postures d’attente vis-à-vis de l’enquêteur :

  • attente d’une écoute bienveillante voire d’un soutien implicite (victime présumée) ;

  • recherche de justification ou crainte de condamnation (personne mise en cause) ;

  • position de conseil ou de prise de parti (témoin).

Ces postures peuvent induire, chez l’intervenant, une forme d’adhésion ou de méfiance implicite. Or, tout écart perçu par la personne auditionnée peut affecter la qualité de l’échange, voire remettre en question la légitimité de l’enquête.


2. Composantes d’une posture neutre en entretien

Plusieurs éléments structurent une posture d’écoute professionnelle et neutre :

  • Cadre explicite : rappel du rôle de l’enquêteur, des objectifs de l’entretien, et de la confidentialité des propos recueillis.

  • Attitude verbale et non-verbale maîtrisée : posture corporelle stable, ton de voix posé, absence de marques d’approbation ou de désapprobation.

  • Reformulation factuelle : ne pas valider les émotions, mais reformuler les faits évoqués, en demandant, si nécessaire, des précisions.

  • Absence de commentaires personnels : éviter toute forme de jugement, même implicite

  • Gestion du rythme : laisser les silences se poser, proposer des pauses si nécessaire, sans précipiter le déroulé.


3. Situations de tension ou de bascule émotionnelle

Dans certains entretiens, la neutralité peut être mise à l’épreuve :

  • en cas de pleurs ou de colère vive ;

  • lorsque l’interviewé sollicite une validation de son point de vue ;

  • en présence de récits traumatiques ou de propos disqualifiants sur d’autres collègues.

Notre posture professionnelle consiste alors à maintenir le cadre, sans pour autant neutraliser la parole.

Neutralité des intervenants enquête interne
Neutralité des intervenants enquête interne

4. Neutralité ≠ neutralisation

Nous insistons ici sur une distinction essentielle. Être neutre ne signifie pas ignorer les émotions exprimées. Il s’agit d’accueillir la parole dans sa complexité, sans y répondre sur le mode affectif ou moral.

La neutralité s’inscrit dans une logique de rigueur : elle permet de recueillir un récit plus structuré, tout en garantissant un traitement équitable pour l’ensemble des personnes auditionnées.


Conclusion

Dans le cadre d’une enquête interne, la posture neutre de l’enquêteur constitue une compétence clé. Elle repose sur une méthodologie explicite, une attitude constante et une capacité à ne pas se laisser entraîner dans les enjeux relationnels exprimés.

Elle est une condition de crédibilité du diagnostic, et participe à la reconnaissance du sérieux de la démarche par l’ensemble des parties prenantes.


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Anaïs Cejudo est sociologue du travail et experte en enquête interne et intervient depuis plus de 13 ans au sein des entreprises pour analyser et traiter des situations de travail dégradées. Habilitée IPRP, elle a conduit plus d’une centaine de missions dans des secteurs variés, développant une approche rigoureuse, adaptable et ancrée dans les réalités du terrain. Elle accompagne les organisations dans la gestion des signalements sensibles et l’évaluation des risques psychosociaux afin d’adapter votre système de prévention.

 
 
 

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