Des conflits interpersonnels, mais aucun signalement pour harcèlement : comment agir dans cet entre-deux ?
J’interviens souvent dans le cadre d’enquêtes internes à la suite d’un signalement de harcèlement en entreprise. Mais pas que !
Parfois, aucun signalement n’a été émis, et pourtant les conflits interpersonnels sont bien présents. Ils persistent, les relations de travail se dégradent et les difficultés commencent à peser sur le fonctionnement de l’équipe.
Dans certaines situations, faute d’alerte formelle, aucune action n’est engagée par la direction. Il existe ainsi une zone grise : les tensions sont connues, mais la situation reste sans réponse.
C’est dommage, parce que ce type de situation peut s’envenimer et conduire, plus tard, à un signalement de harcèlement. Sans considérer que tout conflit conduira nécessairement à un tel signalement, il me semble essentiel de pouvoir intervenir dans cet entre-deux. qui interrogent aussi le travail
Des tensions persistantes qui interroge aussi le travail...
Lorsque des tensions s’installent, les explications portent souvent sur les personnes : des caractères incompatibles, une difficulté à communiquer, un désaccord ancien…
Ces éléments peuvent participer à la situation. Mais ils ne suffisent pas toujours à comprendre ce qui se joue.
Sur quoi portent les désaccords ? Dans quelles situations de travail apparaissent-ils ? Qu’est-ce qui contribue à les entretenir ?
Une répartition des tâches peu claire, des responsabilités qui se chevauchent, des arbitrages qui tardent ou des difficultés d’accès aux ressources peuvent, par exemple, alimenter les conflits.
L’enjeu consiste donc à regarder ce qui, dans le travail et son organisation, a pu participer à l’émergence de ces tensions et à leur maintien.
L’enquête RPS : une autre issue possible
Dans ce contexte, je propose une enquête sur les risques psychosociaux, ou enquête RPS.
Cette démarche permet d’éclairer une situation de travail dégradée, y compris lorsqu’aucun signalement de harcèlement n’a été formulé. Elle vise à comprendre les conflits, à analyser leurs liens avec l’organisation du travail et à identifier les facteurs de risques auxquels les salariés sont exposés.
Concrètement, elle consiste notamment à :
Éclairer l’objet des conflits, en revenant sur les désaccords et les situations de travail dans lesquelles ils prennent forme.
Analyser les facteurs organisationnels ayant pu contribuer à leur émergence ou à leur maintien.
Synthétiser les facteurs de RPS auxquels les salariés sont exposés, à partir des entretiens et des documents analysés.
Recommander des actions adaptées, en vue d’endiguer les conflits et d’améliorer les conditions de travail.
L’analyse permet ainsi de prendre du recul sur les explications centrées sur les personnes et de rendre visibles les difficultés rencontrées dans le travail quotidien.
Aller vers de la prévention primaire
Comprendre la situation est une étape. L’objectif est également de donner des pistes pour agir.
Selon les constats, les recommandations peuvent porter sur la clarification des rôles, la répartition des tâches, les modalités de décision ou encore les espaces permettant de discuter des difficultés de travail et de les arbitrer.
Il s’agit d’aller vers de la prévention primaire : agir à la source des risques, sur le travail et son organisation.
L’enquête ne suffit pas, à elle seule, à résoudre les conflits. Elle apporte en revanche des éléments pour comprendre ce qui les nourrit et orienter les actions à engager. Leur mise en œuvre et leur suivi sont donc essentiels.
Une situation connue mérite de pouvoir être examinée
Des rapports sociaux dégradés peuvent déjà affecter les salariés et le fonctionnement d’un collectif, même en l’absence de signalement formel.
Cette zone grise mérite une réponse. L’enquête RPS constitue une possibilité pour éclairer la situation et construire des actions de prévention adaptées, avant que les difficultés ne s’installent davantage.
Vous constatez des tensions persistantes au sein de votre équipe et vous vous interrogez sur la démarche à engager ? Nous pouvons en échanger.
Anaïs Cejudo - Sociologue du travail - Présidente d’Espace Enquête
04 84 48 98 69


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