Durée des entretiens dans le cadre d’une enquête pour suspicion de harcèlement : repères pratiques
- Anaïs Cejudo
- il y a 19 minutes
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Dans le cadre d’une enquête interne liée à une suspicion de harcèlement (moral ou sexuel), la question de la durée des entretiens revient fréquemment, aussi bien de la part des directions que des membres de la délégation d’enquête ou des représentants du personnel.
S’il n’existe pas de durée « standard », il est essentiel d’ajuster le temps consacré à chaque échange, en fonction du rôle de la personne auditionnée, du niveau d’exposition aux faits, et du contexte émotionnel.
1. Une durée variable selon le statut de la personne entendue
Les entretiens réalisés dans le cadre de nos expertises mettent en évidence les tendances suivantes :
Statut de la personne auditionnée | Durée moyenne constatée |
Victime présumée | 1h30 à 3h |
Personne mise en cause | 1h30 à 3h |
Témoins | 45 min à 1h30 |
Managers (liés au signalement) | 1h00 à 1h30 |
Ces durées peuvent être prolongées en cas de :
difficulté à formuler les faits (personne en détresse psychologique, parole fragmentée) ;
complexité de la situation (faits anciens, multiformes, ou évolutifs) ;
besoin de reformulations successives ou de retour sur certains éléments.
2. Temps d’entretien ≠ temps utile
Le temps effectif de l’entretien ne correspond pas toujours au temps « utile » du point de vue du diagnostic. Par exemple :
Un témoignage bref peut être extrêmement factuel et utile à l’analyse ;
Un entretien long, marqué par des digressions, peut nécessiter des recadrages réguliers pour maintenir le fil conducteur.
Dès lors, il est préférable de privilégier la qualité d’écoute et la rigueur méthodologique plutôt qu’une logique de volume horaire.
3. Prendre en compte les temps « autour » de l’entretien
Il est important d’anticiper :
Le temps de présentation du cadre (5 à 10 minutes) : rappel du contexte, objectifs de l’entretien, confidentialité, durée prévue.
Les temps de pause éventuels : en cas de surcharge émotionnelle ou de besoin exprimé.
Le temps de clôture : vérification que la personne a pu s’exprimer librement, informations sur la suite du processus.
Ces temps ne sont pas accessoires : ils participent à la sécurisation du cadre, à la bonne compréhension de la démarche, et à la posture neutre de l’intervenant.
4. Faut-il prévoir plusieurs entretiens avec la même personne ?
Dans certains cas, un second échange peut être envisagé :
Lorsque la personne n’a pas pu aller au bout de son récit (ex. : arrêt brutal, émotion forte) ;
Lorsque de nouveaux éléments émergent au fil des auditions croisées ;
Lorsque la personne elle-même exprime ce besoin.
Ce second entretien doit toutefois être encadré et limité dans le temps, pour éviter toute forme de pression ou d’instrumentalisation du processus.

Conclusion
Il n’existe pas de durée « idéale » pour un entretien en contexte de suspicion de harcèlement. Toutefois, la vigilance professionnelle consiste à adapter le temps d’écoute à la nature des propos, à la posture de la personne auditionnée, et au degré d’implication dans la situation.
Dans tous les cas, la qualité de l’écoute, le cadre posé et la rigueur méthodologique priment sur la durée absolue.


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