Pourquoi certains secteurs professionnels sont davantage touchés par le harcèlement ?
- Anaïs Cejudo
- il y a 3 jours
- 3 min de lecture
Les faits de harcèlement moral ou sexuel ne concernent pas uniquement certains profils ou certains postes : ils sont présents dans tous les secteurs. Cependant, les données disponibles confirment que certains environnements professionnels présentent un niveau d’exposition significativement plus élevé, en raison de facteurs organisationnels et structurels.
Comprendre ces écarts est essentiel pour orienter les démarches de prévention.
1. Des niveaux d’exposition inégaux selon les secteurs
D’après l’enquête Conditions de travail-RPS 2016 (DARES) :
1 salarié sur 3 dans les secteurs médico-social et de l’enseignement se déclare exposé à des comportements hostiles répétés.
24 % des salariés du secteur public hospitalier déclarent avoir subi une agression verbale au cours des 12 derniers mois, contre 12 % dans l’ensemble des secteurs.
Dans le secteur du commerce de détail, 17 % des salariés disent avoir été victimes de propos humiliants ou dégradants.
Selon l’enquête DEFIS (2019) :
13 % des salariés du secteur santé/social disent avoir été confrontés à du harcèlement moral ou sexuel.
Ce chiffre chute à 6 % dans l’industrie et 4 % dans la construction.
👉 Ces écarts s’expliquent en grande partie par les conditions de travail, la gestion des équipes et le rapport à l’usager ou au client.
2. Facteurs organisationnels aggravants
Les secteurs les plus exposés au harcèlement cumulent plusieurs facteurs de vulnérabilité :
📍 Intensité de travail et urgence
Dans le médico-social, 60 % des professionnels déclarent un manque de temps pour faire correctement leur travail (DARES, 2021).
Dans les services à la personne, 45 % des salariés disent travailler dans l’urgence en permanence.
📍 Collectifs instables
Le turn-over est supérieur à 40 % dans l’hôtellerie-restauration.
Dans les métiers du soin, un professionnel sur deux travaille en horaires décalés ou fractionnés.
📍 Encadrement sous tension
Dans les établissements sociaux et médico-sociaux (ESMS), 1 cadre pour 22 agents en moyenne (contre 1 pour 10 dans l’industrie manufacturière).
Ce ratio réduit la capacité de régulation managériale en cas de tensions ou de conflits interpersonnels.
3. Une culture professionnelle parfois permissive
Selon le rapport du Défenseur des droits (2020) :
44 % des victimes de harcèlement sexuel sur leur lieu de travail déclarent que personne n’est intervenu pour les soutenir ou interrompre la situation.
Dans 1 cas sur 4, le harceleur est un supérieur hiérarchique.
Certains environnements tolèrent, voire banalisent, des formes de "plaisanteries", d’humour sexiste ou de mise à l’épreuve relationnelle, souvent vécues comme dégradantes ou intimidantes pour les nouveaux arrivants ou les salariés les plus vulnérables.
4. Des obstacles à la prévention
Même dans les secteurs les plus touchés, le signalement reste rare :
Seuls 5 % des salariés victimes de harcèlement sexuel saisissent leur employeur (Défenseur des droits, 2020).
Dans le médico-social, plus de 30 % des salariés déclarent ne pas savoir à qui s’adresser en cas de problème grave de relations au travail (Baromètre ANACT 2022).
Par ailleurs, les référents harcèlement (RH ou CSE), lorsqu’ils existent, manquent souvent de formation ou de reconnaissance.

Conclusion
Les secteurs les plus touchés par le harcèlement ne sont pas les plus « problématiques » en soi. Ils sont ceux où les conditions de travail, l’organisation du collectif, et l’absence de régulation structurée créent un terrain propice aux débordements, à l’isolement ou à la peur de parler.
Les chiffres permettent de nommer ces réalités, de les situer, et d’engager une politique de prévention qui tienne compte de la spécificité des métiers et des environnements concernés.


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